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En face l'église :
Histoire de Scey sur Saône écrite par Mr Elie Sponem dans son livre Franche-Comté Origine et nom : le pays de Scey a dû être habité dès la plus haute antiquité, car les peuplades primitives se déplaçaient en suivant les cours d’eau, et on a retrouvé dans la rivière de Saint Albin, au lieu dit « le creux du chêne », une barque creusée dans un seul cube de 7 à 8 mètres de long, d’un mètre de large et de deux pieds (66 centimètres) de profondeur. Cette barque est actuellement dans un musée à Paris. On a retrouvé également au lieu dit « les Iles » dans d’anciens marécages, des traces d’habitations lacustres (pieux fichés dans les marais) ce qui semblerait indiquer qu’à l’époque préhistorique, une race primitive occupait notre pays. Le nom de Scey en tout cas vient du celtique et signifie « rocher ». En latin « sceyum super aratum », rocher au-dessus de la Saône, ce qui à notre avis désignerait le rocher géant sur lequel est bâtie notre église. Si d’une hauteur avoisinante, Montbay par exemple, on regarde la partie de Scey qui porte le nom de l’église, on se rend compte qu’elle est bâtie en amphithéâtre sur les pentes d’une colline Montoile (in monte Oliveti, en latin). La partie basse, au contraire, est bâtie dans une plaine sablonneuse sur la rive droite de la Saône, elle est connue sous le nom de Scey-le-bourg mais son véritable nom cadastral est « Le Duez ». Or ce nom est celtique et signifie « Du hel, hommes libres ». là s’étaient probablement fixés les affranchis, alors que les esclaves, et plus tard les cerfs, logeaient sans doute dans la partie haute du pays. Pendant des siècles, Scey-sur-Saône du faire partie de la province gauloise qu’on appelait la Celtique, et les gaulois qui avaient colonisé notre pays étaient de la tribu des Protois dont la capitale était Port-sur-Saône, et qui faisait partie de l’importante confédération des Séquanes. Les Romains avaient une colonie entre Chassey et Bucey, le long de la côte. C’était un des postes, toujours solidement établis, à la fois militaire et administratif, par lequel les Romains maintenaient leur domination sur le pays conquis. Ce fut probablement dans cette colonie qu’Héroriade, exilé en Gaule pour la réprobation qu’avait soulevé son crime du subir son supplice dans la Saône. La plus terrible des invasions qui déferla sur notre pays comme sur tout l’empire Romain en y semant la dévastation, ce fut les Vandales qui mirent en ruine nos villes et villages. Langres fut brûlée ; l’archidiacre Vallier qui fuyait les soudards fut rejoint par eux à Port-sur-Saône et fut martyrisé là où s’élève en son honneur une chapelle. La grande ville de Port-Abucin, colonie romaine elle aussi, fut livrée aux flammes et il n’en reste que trois quartiers : Cucos, La Magny et St Valère. Nous avons eu entre les mains une curieuse photographie prise d’un avion, où on distinguait clairement à la couleur de leurs lignes, l’emplacement des pâtés de maisons, les rues et places publiques. La ville d’Ovanches, également qui s’étendait sur la rive droite de la Saône, séparée par la rivière de Bucey qui n’en était qu’un faubourg, fut rasée entièrement et reconstruite plus tard à deux kilomètres de là. A l’époque des basses eaux, on voit encore le soubassement des piliers du pont qui la réunissait à Bucey. Notre pays subit encore les ravages qu’entraînèrent les guerres et les rivalités des royaumes francs. Nous noterons seulement sur cette époque diversement troublée, que Brunehaut, dont la ville de Luxeuil était la résidence d’été, avait un palais à Port-sur-Saône. Pendant des siècles qui s’écoulèrent de la fin des royaumes des francs à l’occupation espagnole, notre histoire régionale nous est connue par l’histoire de France avec laquelle elle se confond. Occupation espagnole : Après la guerre de 100 ans, la province de Franche-Comté faisait partie des états du duc de Bourgogne qui avait la plus riche et la plus brillante partie de l’Europe et qu’on désignait sous le nom de Grand Duc d’Occident. Mais après la mort de Charles le Téméraire, dont la rivalité avec Louis XI s’était terminée en catastrophe, une partie de ses vastes possessions avait passé par voie d’héritage à la maison d’Autriche. C’est ainsi que l’Empereur Charles-Quint eut comme chancelier Nicolas Perrenot de Grandvelle qui portait le nom d’un de nos petits villages, bien qu’il fut originaire de d’Ornans (Doubs). Ce grand homme possédait une maison à Scey, la maison Bel. On y voit encore l’escalier du « pas de mule », car le cardinal ne descendait de sa mule qu’à la porte de sa chambre. Ce cardinal de Grandvelle, fils du chancelier, fut lui aussi, ministre de Charles-Quint, puis de Philippe II roi d’Espagne, et enfin gouverneur des Pays Bas, auxquels notre province avait été rattachée et que le partage de Charles-Quint venait d’attribuer à la branche espagnole de la maison d’Autriche. C’est ainsi que nos aïeux devinrent espagnols, très attachés d’ailleurs à cette nouvelle domination qui leur fut douce. La régente des Pays Bas était alors la célèbre Maria Pia, grande dame de bien, vénérée dans nos pays. Elle était jalousée par ses voisins français, qui convoitaient ses possessions. Pendant les guerres de religion, elle soutint et arma les ligueurs, ce qui lui valut d’être attaquée par Henri IV après sa victoire sur la Ligue. Les armées espagnoles qui combattirent contre Henri IV étaient commandées par les frères Valesco ; elles furent vaincues à Fontaine-Française et le roi français occupa toute la contrée. Il vint même à Scey ou il fit ferrer son cheval à la forge banal, actuellement maison Durget au bourg de Scey. Mais une épidémie de petite vérole se propagea dans son armée, et sa maîtresse, Gabrielle d’Estrées, qui l’aurait accompagnée, mourut avec l’enfant qu’elle venait de mettre au monde. Tous deux auraient été inhumés dans une chapelle de Scey, mais l’authenticité de ce fait nous parait douteux. Bref, à la paix, Henri IV retira ses troupes. La guerre de trente ans fut pour notre province une époque de troubles ; l’Espagne ayant naturellement pris parti pour l’Empereur d’Autriche contre les états protestants d’Allemagne, tandis que la France, indirectement d’abord, puis ouvertement ensuite, soutint ceux-ci pour faire échec à la Maison d’Autriche, son ennemie de longue date. Au début, les armées étrangères firent trembler Richelieu. Le général autrichien Gallas, adjoint de Valdstrein, le célèbre chef de bandes, à la solde de l’Empereur, vint occuper la Franche-Comté. Il avait sous ses ordres 28 000 hommes dont un régiment de Croates, particulièrement redouté pour ses rapines, car les armées à cet époque, comme les grandes compagnies du Moyen-âge, vivaient de pillages sur les terres qu’elles occupaient. L’armée Gallas était campée entre Combeaufontaine et Arbecey, dans la plaine du chant ; l’état major était à Purgerot e l’intendance à Scey, où les frères François et Simon Danedor s’occupait du ravitaillement, ce qui n’avait sans doute rien d’une sinécure. Ces gens, Croates et autres aimaient le bon vin de nos pays et nos aïeux les maudissaient, suppliant le ciel de les délivrer. En fait le sort de la guerre fut funeste à l’Empereur d’Autriche, malgré ses brillants succès du début et Gallas fut obligé de lever le siège qu’avec les espagnols, il avait mis devant St Jean-de-Losne. Mais pendant la dernière partie de la guerre de trente ans, lorsque Richelieu eut pris à sa solde les suédois de Bernard de Saxe Weimar, l’invasion de ses suédois fut pour nos pères la plus terrible. Ils s’acharnaient sur les châteaux, et aucun de ceux de notre région ne pu tenir devant eux, sauf celui de BOugey, sous les murs duquel Bernard fut vaincu. L’Espagne dont la puissance n’était déjà plus qu’une façade, ne fit rien pour nous venir en aide, et cette guerre de 1638 ne laissa que des ruines ; la famine dura plusieurs années. Autant que Scey-sur-Saône, toute la Comté d’ailleurs résiste farouchement à la conquête française, et nous connnaissons plus d’une petite cité comtoise qui ne céda qu’à la force, et subit avant de disparaître dans un siège héroïque. Nos aïeux restèrent longtemps encore si attachés, de tous leurs regrets, à la domination espagnole, que bon nombre de ceux qui moururent après la conquête française, demandèrent à être enterrés la face contre terre, afin disaient-ils, « de ne pas voir le vainqueur », justifiant ainsi la fière devise dont ils doivent s’honorer. Notre histoire locale s’arrête à la paix de Nimègue (1678) qui annexa au royaume de France la comté récalcitrante, le pays de « gaillarde fierté et de furieuse résolution ». L’église de Scey-sur-Saône Elle a coûté 1800 livres d’or comme en témoigne les archives de Scey. C’est le troisième édifice sur le même emplacement, les deux dernières ayant été démolies pour cause d’exiguïté. Elle est dédié à St Martin ; sous le porche est une statue du saint, à califourchon sur un âne et partageant son manteau. Près de lui St Denis l’Aéropagite tient sa tête dans sa main après décollation. On y remarque plusieurs pierres tombales ; il ne s’ensuit pas pour autant qu’elles recouvrent des sépultures, mais simplement qu’elles ont été mises là lors du pavement de notre église, et qu’elles proviennent du cimetière situé autrefois sur le même emplacement. Cependant à n’en pas douter, il y a sous le chœur un caveau contenant des corps de la famille de Bauffremont, mais l’entrée n’a pu être découverte malgré plusieurs recherches. Une légende veut que l’église contienne les corps de Gabrielle d’Estrées et de son enfant, morts de la variole lors de la présence des troupes d’Henri IV. La légende reposerait sur le fait que lors de l’installation du calorifère actuel, on trouva le corps d’une femme et d’un enfant enterré avec elle. La légende de Notre Dame : Jean Comte de Rupt, étant à la chasse, remarqua une jeune fille, Louisette, qui ramassait du bois mort. Le démon de la concupiscence alluma en lui de mauvais désirs. La jeune fille se réfugia dans une chapelle voisine qui jouissait du privilège du droit d’asile. Mais rien n’était sacré pour la violence des féodaux. Poursuivie jusqu’au pied de l’hôtel, la jeune fille se laissa glisser dans l’eau et y périt. Les moines de Monterot les Traves, aujourd’hui le Moutherot, desquels dépendait la chapelle, citèrent Jean de Rupt devant un tribunal et le coupable fut condamné, pour expier son crime, à prendre la croix et à partir pour la terre sainte. Des années passèrent et Jean ne revenait pas. Sa femme se croyant veuve songea à un nouveau mariage. Déjà, les futurs époux étaient à l’autel où le prieur de Monterot, Pierre de Chassey, allait les unir, quand un pèlerin entré avec la foule, s’approchant de la dame de Rupt, lui dit : « Madame, connaissez-vous ceci ? » et lui montra une moitié de contrat. La dame s’évanouit, et Jean de Rupt traversa de son épée les futurs époux. Vingt ans arriva à Scey un moine vêtu de rouge que personne d’abord ne reconnut. C’était Jean de Rupt, il rapportait une statuette de la Vierge en fer repoussé, la plaçait dans le chêne qui s’élevait près de la chapelle et fondait à Scey l’abbaye des moines rouges. Tout à côté du chêne s’élève un monument bizarre dédié à Notre Dame de Lorette. C’est une petite grotte en pierre surmontant un bénitier renversé et portant cette inscription : « Si l’amour de Marie est en tout cœur gravé, en passant ne tarde de lui dire un Avé ». Ce bénitier est tout ce qui reste de l’antique chapelle, elle fut détruite en 1635 par les Suédois de Bernard de Saxe Weimar. En 1870 les habitants firent le vœu d’élever une statue à Notre Dame si les Allemands épargnaient le pays, ce qui fut obtenu. Enfin, Ferdinand et Alice O’Gormann, élevèrent, il y a quelques années, une belle croix de Lorraine en l’honneur de Saint Colomban, fondateur des monastères de la région. Ce livre est en vente dans notre épicerie ou par correspondance. |